top of page

Deuxième journée de manifestation contre La Citadelle à Lille

  • 22 nov. 2016
  • 5 min de lecture

Crédits photo : Iris Guittonny

Crédits photo : Iris Guittonny


« Tout le monde déteste La Citadelle ! » Voici ce qu’ont scandé les militants et citoyens venus nombreux place de la République ce samedi 19 novembre afin de manifester en faveur de la fermeture du bar identitaire. Malgré la diversité des profils et des associations, allant du Comité national du travail à un mouvement pour la régularisation des sans-papiers (marchant ici contre le ségrégationnisme et le racisme), tous ont une même préoccupation : les relents fascistes de ce bar. Et le devenir de leur ville. En effet, beaucoup ont exprimé leurs craintes quant à l’expansion du nationalisme dans leur région, qui pourtant, revendique un héritage ouvrier.



Crédits photos : Iris Guittonny

Crédits photo : Iris Guittonny

La manifestation s’est déroulée sans incidents. Seul un moment de flottement lors de la division entre l’itinéraire déposé (passant par la rue des Postes) et celui suivi par les indépendants (continuant la descente de la rue Solférino), pourrait entacher sa crédibilité. Les deux camps se sont finalement rejoints dans le quartier de Wazemmes, et ont achevé leur parcours ensemble.


Crédits photos : Iris Guittonny

Durant ces deux heures de manifestations, nous avons pu interroger différentes personnes, à commencer par deux étudiantes de Lille 3, adhérentes au parti des Jeunes communistes. Elles nous font part de leurs craintes quant à la montée du fascisme dans la région, mais également à l’échelle nationale. C’est pour cela qu’elles militent : « les idées fascistes imprègnent de plus en plus la société, et ça, ça nous pose problème ». Combat également mené par deux autres femmes, venues militer en tant que citoyennes, et soutenant l’idée que ce bar, ou du moins le mouvement qui l’a créé, « prône la violence ».


Crédits photos : Iris Guittonny

En effet, un membre de la Gay Pride lilloise nous informe que des agressions racistes et homophobes ont récemment eu lieu : elles auraient d’ailleurs été commises par des personnes « proches du mouvement Génération identitaire », responsable de l’ouverture de La Citadelle. « Ça me fait vraiment très mal que ma ville accueille ce type d’établissement » nous confie-t-il. Il regrette d’autant plus que ce soit justement notre régime démocratique qui l’ait permis. La démocratie a beau être considérée comme le meilleur régime trouvé par l’Homme, elle reste à double tranchant par la liberté qu’elle accorde.

« C’est leur droit d’ouvrir un bar, c’est notre devoir que de le fermer. »

Crédits photos : Iris Guittonny

Un autre militant est d’accord pour dire que la liberté d’expression autorise beaucoup de choses, mais selon lui, ce n’est pas là l’origine du problème. Il rappelle que certains propos racistes sont punis d’une simple amende, ce dont se contrefichent les gens « pétés de tunes » comme ceux ayant ouvert le bar. Les propriétaires font de toute manière attention à ce qu’ils disent, « ils maîtrisent leur discours » en restant toujours « à la limite du légal », autrement ils n’auraient jamais eu l’autorisation de mettre en place leur projet. Le jeune homme souligne que, contrairement à eux, les manifestants n’ont aucune arme juridique pour amener l’Etat à fermer La Citadelle, que cela reste avant tout un « combat d’idées ». « C’est leur droit d’ouvrir un bar, c’est notre devoir que de le fermer » ajoute-t-il, après nous avoir fait remarquer que cela reste un fait marginal, supporté par une minorité ayant des moyens financiers. Cependant, il est conscient que le Conseil régional n’a pas les capacités juridiques de fermer La Citadelle. De plus, bien que Martine Aubry ait reçu une délégation avant la manifestation, seule son organisation a été étudiée, sans que les questions d’une éventuelle fermeture soient abordées : l’affaire ne se joue pas dans les bureaux de la mairie. « Le pouvoir, il est dans la rue ». Et à en juger par la centaine de militants présents, c’est sûrement vrai.



Crédits photo : Iris Guittonny

Pour les manifestants, le plus dur reste à faire : il ne leur suffit pas que de protester dans la rue pour venir à bout de La Citadelle, il leur faut avant tout trouver des supports et des armes juridiques valables. C’est notamment ce que nous fait remarquer un adhérent du Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP). Se référant à d’autres bars identitaires ouverts en France auparavant, il rappelle que de tels établissements sont toujours difficiles à déloger. Il déplore également une alarmante « droitisation » de la France, incitant selon lui les groupuscules nationalistes à tenir des propos plus virulents, sous couvert que cela serait plus respectable aujourd’hui.


En bref, si la motivation des manifestants, indépendants ou syndiqués, est évidente, le chemin vers la fermeture définitive de La Citadelle reste encore long. Aux yeux de la justice, rien n’est illégal, puisque cet établissement privé ne trouble en rien l’ordre public. Certes. Pour autant, on peut se demander si cela est acceptable d’un point de vue moral.




L’œil de Perry



Lille en colère, un cri commun contre la haine et le racisme.


Crédits photo : Iris Guittonny



Le samedi 19 novembre 2016, Lille, capitale des Hauts-de-France, a été le théâtre d’une manifestation qui a su faire parler d’elle, et m’a inspirée ces quelques lignes. Avez-vous déjà entendu parler de La Citadelle ? Si ce n’est pas le cas, une brève explication s’impose. Le 9 septembre 2016 marquait l’ouverture de ce bar ouvertement identitaire, accessible uniquement aux adhérents de Génération identitaire, et presque immédiatement qualifié de raciste. Ce même jour une première manifestation contre la haine, antiraciste et anti-Citadelle avait eu lieu.

Avant d’écrire ceci, j’ai pu récolter des témoignages d’étudiants qui y ont participé. D’après la presse les manifestants étaient environ 600 à fouler le pavé du quartier de Wazemmes, de la rue Masséna et autres points forts de Lille, pour protester contre l’ouverture et l’existence-même de ce bar. Un chiffre peut-être légèrement surévalué, d’après l’un de mes contacts.


La question sur laquelle repose cet article est très simple : pourquoi une telle polémique autour de ce qui pourrait être un simple bar ? En réalité, il est vu comme « l’incarnation » d’un fléau contre lequel beaucoup tiennent à se battre : le racisme. Et, si le défi du besoin identitaire, extrêmement lié au racisme, couvait silencieusement, il revient en force aujourd’hui. Nous sommes nombreux à nous demander comment un lieu présentant une prise de position aussi forte a pu voir le jour dans une ville aussi ouverte et cosmopolite que Lille. Et surtout, continuer d’exister plus de deux mois après son inauguration, malgré le soulèvement qu’il a involontairement créé. Ou bien intentionnellement ? La revendication identitaire n’est plus franchement discrète, on assiste dans de nombreux pays à son évolution (je ne citerai pas l’exemple des Etats-Unis), et elle fait beaucoup de bruit. C’est un « besoin » que les générations les plus récentes (mais aussi une partie des anciennes, qui ont vécu, et parfois participé, aux vagues d’immigration du XXème siècle) ne comprennent pas : de nos jours, qui peut se revendiquer sans aucune origine étrangère ? Ces origines font-elles d’un individu, un demi-citoyen ?


Très vite, la procession de manifestants lillois s’est scindée en deux. D’un côté, le bruit, les propos virulents, ce petit nombre qui a extériorisé sa colère sous les fumigènes et face aux C.R.S (mais pas de dérapage particulier à déplorer lors de la manifestation). De l’autre, la plus pacifique mais pas moins audible marche de la jeunesse en proie à la frustration. En pleine mondialisation, la revendication identitaire et le rejet de la diversité culturelle (qui sont, pour la majorité, vus comme une régression sociale) paraissent totalement déplacés… Au final, c’est une petite révolte qui n’aura duré que quelques heures ; le soir même Masséna avait retrouvé sa festivité, et La Citadelle ne compte pas mettre la clef sous la porte de sitôt. Mais il faut surtout retenir que les jeunes d’aujourd’hui (et pas seulement) militent contre le renfermement de la société actuelle. Ils ne veulent pas des barrières du racisme. Et ça, c’est beau.

Perry.

Crédits photo : Iris Guittonny

Crédits photo : Iris Guittonny

Commentaires


© 2023 par Les Infosteurs. 

  • b-facebook
  • Twitter Round
  • Instagram Black Round
bottom of page