Not Afraid of Love : la dernière expo de Cattelan
- 23 nov. 2016
- 3 min de lecture
Eh oui, depuis le 21 octobre 2016, Maurizio Cattelan et ses oeuvres envahissent la Monnaie de Paris. Si le nom ne vous dit rien, vous connaissez certainement quelques unes de ses réalisations. Par exemple, Him, ce petit garçon de cire agenouillé n’étant autre qu’Hitler, ça ne vous dit rien ?

Une des auto-représentations un peu spéciale de Cattelan-Crédit photo : Lou Momège
Vous l’aurez compris, l’artiste n’est pas du genre classique. Bien que souvent critiqué, voire haï par les plus conventionnels, sa prise de liberté par rapport à la morale commune et son rejet de toute forme d’autorité — aussi bien pontificale que dictatoriale — n’en finit pas d’attirer les foules. En effet, Cattelan n’hésite pas à décapiter des chevaux empaillés, à pendre ou placarder aux murs des silhouettes d’enfants (non-empaillés), ou encore à faire s’écrouler Jean-Paul II sous le poids d’une météorite. Voilà ce qui pourrait poser problème à certains : son manque de tact artistique. Sa capacité à mettre mal à l’aise, à choquer par la désacralisation de tout ce qu’il touche. C’est comme s’il faisait un doigt d’honneur géant au politiquement correct, mais en permanence (tiens, il ne l’aurait pas déjà fait pour de vrai, ça ?). Ses oeuvres pourraient être détestables si derrière il n’y avait pas cette forme de je-m’en-foutisme, ludique et extravagant. Car, au final, s’il est parfois dérangeant, on ne peut en rien lui enlever son génie créatif. Ses figures de cire et ses bêtes empaillées ne sont pas effrayantes en elles-mêmes, Cattelan torture simplement les corps pour les mettre en situation incongrue.

La Nona Ora - Crédit photo : offi.fr
Son but est justement de faire sortir le spectateur de son apathie habituelle. Cette fois, dans les salles de la Monnaie, pas d’yeux plissés ou de regards inspirés comme on pourrait en croiser au Louvre. Les sourcils se froncent, des rictus s’échappent de lèvres à demi-souriantes. On est un peu gêné, mais aussi amusé. On lève la tête, à droite, à gauche, on cherche d’éventuelles petites salles d’exposition ; car l’artiste dissimule un peu partout son travail. On est également perplexe face à ses auto-portraits de cire, présentés dans les situations les plus bizarres. On ne sait plus trop quoi penser face à cette remise en question permanente de la société. Mais est-ce vraiment son but ? Cattelan ne cherche-t-il pas seulement à se distraire ? C’est ce qu’on penserait à coup sûr si une de ses oeuvres n’était pas aussi troublante. All, ce sont neuf linceuls de marbre alignés, où l’on devine des formes humaines. Tout est très réaliste. En entrant dans la pièce, un frisson s’empare du visiteur. Ce marbre, aussi froid qu’un cadavre, n’est pas sans rappeler les faits actuels. Immédiatement, on pense aux migrants noyés en mer. Ou bien aux victimes des attentats. Seule la blancheur immaculée de ces draps symboliques n’est pas crédible, comme pour dénoncer l’absurdité des évènements auxquels elle fait penser.

All - Crédit photo : Zeno Zotti
Cette exposition vaut vraiment le détour. Il est vrai que seule une infime partie du travail de l’Italien est visible, cependant, la collection est riche d’un point de vue artistique. On conseillera vivement aux plus sceptiques de s’y rendre, ils pourraient être surpris. Car, si l’on est charmé par Monsieur Cattelan, on ne le juge pas, on l’apprécie, tout simplement. Ne traînez pas, vous avez jusqu’au 8 janvier !
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