Le saladier d’argent pour un homme en or
- 24 déc. 2016
- 5 min de lecture

Crédit photo Europe1
Avant toute chose, cet article aurait dû paraître il y a quelques semaines, mais pour raisons personnelles, je n’ai pu le finir. Depuis son inauguration (1900) et sa première participation (1921), jamais l’Argentine n’avait remporté la Coupe Davis. Le 27 novembre dernier, leur équipe nationale y a remédié. 4 fois (1981, 2006, 2008, 2011), les Latinos avaient atteint la finale sans parvenir à s’imposer. Mais 2016 leur a réussi, notamment grâce à un homme au destin atypique. Dans cet article, l'intérêt sera centré sur Juan Martin Del Potro, le n°1 Argentin.
« Delpo » comme on aime à l’appeler est tout simplement un héros. Mais pas seulement à l’échelle nationale. Il est un modèle de courage, d’abnégation, et surtout de talent. Le 38ème mondial est tout simplement un survivant. On a l’impression que ce joueur disparaît puis effectue un come-back et cela tous les 6 mois. On connaît les épreuves que le géant a traversé, c’est ce qui force le respect et l’admiration de tous les amateurs de tennis. Je ne connais personne n’aimant pas JM : pour preuve, l’ovation lui étant réservée en quart de finale de l’US Open contre Stan « the man » Wawrinka. Celle-ci a prouvé le soutien que la planète lui porte. Son émotion a quant à elle illustrée le travail que nécessite le retour au plus haut niveau pour un tel joueur. N’ayons pas peur des mots, l’Argentin est un phénomène. Peut-être un des joueurs les plus talentueux de sa génération. Plus jeune joueur à intégrer le top 100, le top 50 et le top 10, le natif de Tandil était prédestiné à un grand avenir.

Crédit photo Wikipédia
Il a été révélé entre 2006 et 2007 grâce à de nombreux titres en challenger ou victoires contre des joueurs majeurs du circuit ATP. Ainsi, à 18 ans, Del Potro devient le plus jeune joueur à intégrer le top 100. Il est l’un des joueurs les plus précoces de sa génération et on l’attendait comme celui qui bousculerait la hiérarchie. Malheureusement pour lui, et sûrement aussi pour nous, son corps ne l’a pas suivi. Alors après avoir gagné l’US Open en 2009,

Crédit photo The Telegraph
« Delpo » se repose sur ses acquis, et, en 2010, il disparaît des écrans, le début des ennuis. Il effectue son retour à la compétition fin 2010 et se blesse à nouveau quelques mois plus tard. Cette irrégularité nous mène à sa reprise en 2014 où il termine l’année 4ème mondial, montrant aux supporteurs l’étendue de son talent. Puis après ce nouveau come-back, Juan Martin se blesse au poignet gauche, gravement. Son médecin le prévient, sa carrière professionnelle est sûrement terminée… Alors quelle surprise quand, début 2016, le colosse poste sur sa page Instagram des images de lui, raquette en main. Ses plus fidèles spectateurs commencent à croire qu’il pourrait revenir à nouveau. Son retour à la compétition est marqué par de nouveaux exploits. Il a repris d’abord dans des tournois challengers puis progressivement dans des masters 1000 pour arriver dans les grands chelems.
Wimbledon :
C’est un nouveau Juan Martin que nous retrouvons. Un joueur qui a conscience de la chance qu’il a d’être ici. Il joue au tennis pour son plaisir et pour le nôtre aussi. 165ème mondial, « Delpo » ne se fixe pas d’objectif, à part peut-être séduire à nouveau. Son style de jeu a subi quelques modifications. Exit le revers à deux mains, très puissant, son poignet ne supportant plus certains mouvements. La plupart de ses coups sont maintenant calculés pour préserver son intégrité physique. Néanmoins, son service et son coup droit restent ses deux points forts, et de loin. Mais sa forme semble être un frein pour retrouver un niveau digne de ce nom. Dès son arrivée à Londres l’Argentin impressionne et bat Stéphane Robert puis Stan Wawrinka.

Crédit photo : Indian Express
Malheureusement, malgré un niveau retrouvé, il s’incline contre Lucas Pouille au troisième tour. Mais qu’à cela ne tienne, le public a retrouvé l’un de ses plus grands talents. Et le joueur de Tandil doit maintenant se reposer pour préparer la fin de saison.
Rio :
Quelques semaines après avoir quitté le gazon londonien, certains des meilleurs joueurs du monde se retrouvent à Rio (d’autres « boycottant » l’évènement, celui-ci ne rapportant aucun point au classement mondial). Del Potro, lui, joue pour son public, et arrive au Brésil pour profiter de sa forme actuelle. Le tirage n’est pas favorable et son premier obstacle est Novak Djokovic. Le Serbe n°1 mondial, est en forme depuis le début de saison. Ayant raté son Wimbledon, on imagine « Nole » très remonté. Ce premier match fut sûrement l’un des plus beaux, l’un des plus intensifs de toute la saison.
2h27 de TRES haut niveau. Del Potro s’impose 7-6 7-6 et brise le rêve olympique d’un joueur qui, comme Federer, n’a plus que cette ligne manquante à son palmarès.

Crédit photo Rtl
Puis « la tour de Tandil » s’impose contre Sousa, Daniel, Bautista-Agut et se retrouve en demi-finale contre Nadal. Encore une fois, ce match est d’un niveau remarquable. Plus de 3 heures de matchs et Delpo s’impose au finish, 7-6 dans le troisième set.

Crédit photo Europe1
Après un tournoi et des matchs aussi durs, on imagine l’Argentin fatigué. En finale, cela se confirme, après 2 sets accrochés, il craque et doit céder la médaille d’or à Andy Murray.

Crédit photo Tennismag
US Open :
Delpo bénéficie de son parcours médiatisé aux Jeux Olympiques et il reçoit ainsi une Wild-Card pour le tableau principal de l’US Open. En quart de finale, il retrouve Stanislas Wawrinka, qu’il a éliminé à Wimbledon. Et après 4 manches de très haut niveau, le Suisse prend le dessus. Et à 5-2, alors que Stan va servir pour le match, le public réserve une standing ovation à Juan Martin Del Potro. Attention moment émotion.
Fin de saison :
Après le dernier grand chelem de la saison, l’Argentine a encore un objectif : la Coupe Davis. Les Bleus se sont imposés contre les Blancs, les Britanniques menés par Andy Murray. Le match entre ce dernier et le colosse de Tandil fut incroyablement accroché. Après 5 sets (6-4 5-7 6-7 6-3 6-4) et plus de 5 heures de jeu, Del Potro offre le premier point à son équipe.

Crédit photo Allomag
Puis il perd le double le lendemain, néanmoins l’Argentine se qualifie pour la finale grâce à Léonardo Mayer, le n°1 argentin (Delpo) étant trop fatigué pour jouer le 5ème match. Pour la finale, Juan Martin permet de recoller à 1 partout après sa victoire contre Ivo Karlovic en 4 sets. Il s’incline en double mais permet de recoller au score en battant Marin CIlic au terme d’un match épique encore une fois. 5 sets et presque 5 heures de jeu. Federico Delbonis remporte le 5ème match et permet aux Argentins de s’imposer, et de remporter la première Coupe Davis de leur histoire.

Crédit photo Sudradio
Cette saison n’est pas la meilleure de l’histoire de Juan Martin Del Potro, mais très sûrement celle qui a le plus compté dans sa vie. Si le sport est souvent entaché de sales histoires, comme le dopage ou la tricherie, celle de la tour de Tandil est exemplaire et on peut le qualifier de héros. Cet homme doit être une source d’inspiration pour de nombreuses personnes. Alors oui, Delpo n’a pas eu la carrière qu’il méritait, constituée de hauts et de bas, mais la reconnaissance dont il bénéficie doit suffire à satisfaire celui qui, on le rappelle, aurait pu ne jamais rejouer au tennis en 2014.
Bonus :
Commentaires